Liste - alternative - des meilleurs films de la décennie

Dernière mise à jour : 22 janv. 2020

Alors que les propositions de tops et de listes des meilleurs films des années 2010 se sont multipliées un peu partout sur Internet et ailleurs ces dernières semaines, l'équipe des Épistémofilms a eu envie de mettre en avant quelques films qui nous ont plu, fasciné, enchanté, et qui ont surtout pour point commun d'avoir été moins cités dans les différents bilans de fin de décennie.


On vous souhaite donc de belles découvertes cinématographiques, si vous n'avez pas encore vu ces pépites !



La fille du 14 juillet (2013) - Antonin Peretjatko


Une nouvelle génération de cinéastes français est apparue cette décennie : ils sont plutôt jeunes, leur humour est désabusé, politique et parfois dadaïste (un mot savant pour dire : « un peu con »), leurs films sont bordéliques, leurs regards excentrés…

La fille du 14 juillet : un road-trip amoureux estival mené à toute allure, puisque le gouvernement vient de réduire les vacances d’été d’un mois. Et le film ressemble à son pitch.


Tom



Un jour avec, un jour sans (2015) - Hong Sang-soo.


Hong Sang-soo a ses groupies, il a aussi ses détracteurs : il ne laisse pas indifférent. Ce cinéaste sud-coréen s’est imposé cette décennie, à travers 13 longs métrages (!) parcourus par des thèmes travaillés de film en film.

Ce film-là est une quintessence de son œuvre : un système narratif réjouissant ; une émotion étonnante fabriquée à partir de bouts de ficelles ; la dualité des hommes - leur lâcheté et leur dignité – mise à nu ; et enfin, l’apparition de Kim Min-hee, sa muse et épouse.


Tom



La Jalousie (2013), L’Ombre des femmes (2015), L’Amant d’un jour (2017) | « La trilogie amoureuse » - Philippe Garrel


Il y a deux Philippe Garrel : le Philippe Garrel de ses premiers films (expérimentaux, radicaux) que j’ai du mal à sincèrement aimer, et le Philippe Garrel de ses derniers films de Philippe Garrel sur qui mon amour roule tout seul.

Point commun de ses trois derniers films : l’exploration fine, précise, délicate, sensible d’un épisode amoureux. C’est presque tout et c’est très beau.


Tom



The Florida Project (2017) - Sean S. Baker


À quelques encablures d’un gigantesque complexe Disneyland - fleuron économique d’une Floride triomphante -, un motel aux couleurs chatoyantes accueille, sous les bons auspices d‘un gérant dévoué incarné par William Dafoe, des individus bigarrés, condamnés à rester à l’écart des paillettes et des attractions de ce voisin qui polarise tous les regards. En tournant sa caméra vers cette périphérie oubliée, Sean Baker évite l'écueil du misérabilisme et du manichéisme, et prend à contrepied l'esthétique très "sec" et faussement réaliste, que l’on peut parfois retrouver dans le cinéma dit « social ». Il propose un film esthétisé, coloré et aguicheur, dynamisé par la performance remarquable de ces acteurs. En premier lieu, cette jeune fille, dont le regard juvénile porte en lui toute la brutalité d’une existence à l’écart de l’american way of life. Un regard qui ne s’interdit pas de rester enchanté devant un monde encore à découvrir, tel ce parc à thème Magic Kingdom, si proche dans l’espace et qui semble, pourtant, si inatteignable.

Robin



La Belle et la Meute (2017) - Kaouther Ben Hania


Une jeune femme violée en pleine nuit par des policiers tente désespérément, dans les méandres de la nuit, d’obtenir justice. La force de ce récit, en sus de son propos, tient à l’intelligence du réalisateur quant aux modalités de son déploiement : le film est en effet découpé en plusieurs plan-séquences. Ce choix concourt à présenter le parcours de la jeune femme comme celui d’un cheminement impossible au sein d’espaces oppressants, coercitifs, qui l’enferment dans sa solitude et l’oblige à se débattre avec sa propre conscience. L'œuvre montre remarquablement comment le système s’est doté d'un mécanisme de défense immunitaire d’une efficacité redoutable. Rarement le plan séquence n’aura été employé avec autant de talent dans le cinéma contemporain. La trajectoire de Mariam, baladée d’un point à un autre de l’espace, figure avec force l’affirmation progressive d’une individualité dans des lieux où l'hypocrisie, la violence et le mépris ont pris leurs aises. 

Robin



Spring Breakers (2012) - Harmony Korine


Expérience hallucinée délestant le réel de sa consistance, Spring Breakers est l’une des œuvres les plus radicales offerte par le cinéma américain de cette dernière décennie. En suivant le parcours de quatre jeunes filles en quête d’apesanteur sensoriel pour échapper à l’ennui, Harmony Korine filme un univers où tout se dérègle : les armes à feu associées au phallus sont désormais aux mains des filles, tandis que les coups de feu sont noyés dans une nappe sonore qui retire toute violence aux meurtres. Film coup de poing sur la vacuité et l’absurdité de notre époque, Spring Breakers dépeint un monde où le virtuel anéantit les repères moraux dans un étourdissant flux de sensations.

Alexis



En attendant les Hirondelles (2017) - Karim Moussaoui


Film d'une profonde richesse, En attendant les Hirondelles est une œuvre remarquable qui n'a pas volé sa place dans ce top alternatif ! En esquissant le portrait de personnages dans des moments de doutes et d’angoisses, Karim Moussaoui révèle, par un travail admirable de retenue et de subtilité, les multiples traumatismes qui traversent la société algérienne. Le film propose une exploration poétique d'espaces relégués, refoulés dans le hors champ de la société. Il s’aventure dans des lieux qui se situent « à-côté » de la vie que chacun doit mener, et offre à ses personnages des itinéraires d’évasion faisant souffler le vent vivifiant de la liberté. La mise en scène du film inscrit en son sein cette scission et coupure entre d’un côté un désir de liberté, de construire un futur qui soit sien, et de l’autre ces contraintes, cette réalité qui brime les rêves et espoirs. La douleur sourde qui se diffuse tout du long, l'émotion qui affleure constamment sans jamais verser dans le pathos, touchent au cœur. Un film qui mérite d'être découvert !

Alexis


Nocturama (2016) - Bertrand Bonello


Dès lors que l’idée d’un top alternatif naquit parmi la rédaction des épistémofilms, je ne cessais de me répéter intérieurement ce mantra : « Nocturama ». Un film réalisé par Bertrand Bonello et sorti sur nos écrans en 2016. Résurgence. Tout me revînt à l’esprit. Les attentats, les médias, la cruauté, la beauté, l’insouciance, la jeunesse. Ce film audacieux et complexe me hante : il m’interroge autant qu’il me fascine. Film labyrinthique. Film binaire qui oscille parfaitement entre le jour et la nuit, entre l’intérieur et l’extérieur, entre la gravité et la légèreté. Figure oxymorique. Nocturama est un cauchemar autant qu’il est un rêve. Un objet d’une noirceur immaculée dont il me plaît, encore aujourd’hui, de lever le voile de son interprétation. Une relecture nihiliste et anarchiste du conte de Peter Pan : des enfants d’horizons différents qui refusent de grandir dans le monde qui leur est offert, se réunissent. Après s’être attaqué aux symboles du capitalisme et du conservatisme qu’ils abhorrent, ils s’isolent sur leur île et attendent. Comme hors du temps et hors du monde (du moins jusqu’à l’intrusion des médias). Ils vivent enfin. Ils se retrouvent face à eux-mêmes. Ils troquent leurs armes trop lourdes pour des pistolets à billes, leurs voitures pour des kartings et quittent leurs costumes trop larges pour eux. Ils attendent. Ils attendent encore. Ils refusaient le monde. Maintenant le monde les refuse.

Dan


A Ghost Story (2017) - David Lowery


Disons-le d’emblée : Non, A Ghost Story n’est pas un film d’horreur. C’en est même tout le contraire : lenteur, contemplation, sobriété, réflexivité. David Lowery prend l’exact contrepied de la majorité des productions actuelles pour proposer une création audacieuse. Le deuil, la résilience et l’écoulement du temps sont les principales thématiques de ce film. Alors oui, je vous l’accorde, le pitch n’est pas très racoleur et pourtant. Ce film met notre vie sur pause. Le temps s’y suspend. Puis, doucement, le spectateur se drape du même voile que le fantôme. Il erre. Hante ses propres souvenirs. Il subit, s’interroge et se révolte. Toujours avec pour seule musique de fond cette question lancinante : « Que se passe-t-il après ? ».

Dan


L'étrange couleur des larmes de ton corps (2013) - Bruno Forzani & Hélène Cattet


Contexte : Festival du film de fesses à Paris. Projection du film L’étrange couleur des larmes de ton corps en présence des réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani. La séance est précédée d’un court-métrage réalisé par ces derniers intitulé O is for Orgasm pour le projet The ABC’s of death. En guise d’introduction, les réalisateurs nous invitent à passer « un excellent mauvais moment ». Bonne ambiance. J’étais déjà familier de leur univers baroque, car séduit par l’audace de leur dernier film Laissez bronzer les cadavres (oui ils sont aussi doués pour les titres de leurs films). Cela a dépassé toutes mes attentes. Les réalisateurs jouent sur les textures, les couleurs, les formes, les bruits pour offrir une véritable expérience aux spectateurs. Un polar sensoriel. Héritiers du mouvement du Giallo, les réalisateurs s’amusent avec les spectateurs : ils les baladent, les perdent puis les retrouvent à travers ce film Art-Nouveau.

Dan


Swiss Army Man (2016) - Dan Kwan, Daniel Scheinert


Un jeune homme sur le point de s’ôter la vie rencontre un mort « vivant » au rythme de ses flatulences. Le point de départ d’une aventure loufoque, et en tout point déroutante. Ce n’est guère un hasard si, lors de sa projection initiale au festival de Sundance, d’aucuns ont quitté la salle : le film ne fait aucune compromission avec ce qui relèverait du « respectable » et de l’ « interdit », quitte à gêner les bonnes âmes pour qui la mise en scène des gaz intestinaux ne peut relever que d’une farce de mauvais gout. Pourtant, loin de la bouffonnerie gratuite, le film se révèle aussi émouvant qu’inventif visuellement ; rarement le trivial n’aura été aussi finement mobilisé au cinéma pour en tirer du poétique. En somme, un film radical, porté par la partition fantastique de ses deux acteurs principaux (Paul Dano, Daniel Radcliffe), qui forment assurément l’un des duos les plus marquants de la décennie.

Robin

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