• Dan

LES BARONNES - CRITIQU'ANALYSE

Mafia, Féminisme, Black Power, Communautés, Quartiers, Prison : Trois femmes mariées à des mafieux irlandais décident, après l'incarcération de ces derniers pour braquage, de prendre leurs relais ou comment la réalisatrice Andrea Berloff met-elle sur pied l'exemple type d'un mauvais film ?


« Y'a plus qu'à » furent sans doute les premiers mots pensés par la réalisatrice Andrea Berloff avant de commencer le tournage de son premier film, Les Baronnes (2019). Effectivement tous les ingrédients sont là : un scénario simple et efficace (adapté de l'univers DC Comics) qui brasse des thématiques faisant écho aux sujets contemporains liés à l'empowerment des femmes et des minorités ; des actions qui se déroulent à une époque et dans un quartier historiquement et esthétiquement intéressants ; des acteurs·rices solides et tout cela enveloppé par une catchphrase magnétique sur l'affiche « L'ambiance des Soprano, la fureur de Kill Bill ».



Disons simplement que l'on voit l'idée et les sentiments que cherche à susciter la réalisatrice mais qu'ils ne parviennent pas ou sinon péniblement aux spectateurs. Ainsi, malgré l'importance des sujets dont Les Baronnes sont les porte-voix et les nombreux potentiels que l'œuvre abrite, reste un film facile, c'est-à-dire un film qui se repose sur des codes déjà existant sans en ajouter sa patte. Pire, en voulant bien faire, il corrompt ces codes et les ridiculise. En d'autres termes, le film singe les drames mafieux sans en extraire la tension ou la subtilité. Dès lors, sous couvert d'une actualisation pop du genre, le film reste une coquille bien creuse.


D'emblée, rien de plus caricatural et abrupte que d'ouvrir un film, reposant sur l'affirmation des femmes, par le titre « It's a Man's Man's Man's World ». C'est pourtant le choix qui est fait et le film n'est qu'à sa première minute. Mais ce n'est pas le plus dérangeant, après tout pourquoi ne pas rentrer directement dans le vif du sujet. Passons. Ce qui est plus embêtant avec les choix musicaux, c'est leur récurrence. Une musique se termine, une autre commence et ainsi de suite. Une musique est juste lorsqu'elle est bien placée, sinon elle perd tout son charme et rend redondant et lourd le film : devenant pour lui tantôt une béquille (rien ne se passe mais la réalisatrice tente tant bien que mal de rythmer la scène) soit un sous-titre grossier (la tristesse étant accompagnée par les violons). Le vidéaste Florent Garcia explique parfaitement le caractère non-productif causé par la surabondance de musique.



Il y a également un problème majeur avec le scénario (et son actualisation). Le premier c'est que le film semble avoir du mal à se détacher de son support comics d'origine : les scènes s'enchaînent à la manière d'un catalogue sans transition, comme si nos yeux sautaient d'une case à une autre : voici la femme amoureuse, voici la femme forte, voici la femme battue. Il manque du liant à ce film. Ajouté à cela le manque d'identification aux personnages (tant principaux que secondaires) principalement en raison de leurs développements stéréotypés et leurs mauvais jeux d'acteurs (malgré eux). Dès lors, le spectateur se désintéresse rapidement de ce qui se passe sur l'écran et ne prête même plus attention aux deux twists ou mind-fuck bancals proposés à la fin du film. Des retournements scénaristiques en apparence importants qui se révèlent en fin de compte totalement superflus et inutiles car mal gérés. Ces derniers possèdent normalement deux intérêts majeurs : reconsidérer l’entièreté de l’œuvre à la lumière de cette révélation et en voir si possible les retombées. La réalisatrice balaye ces deux éléments en moins de deux minutes sans en explorer les possibilités. Ainsi, l'un des seuls crochets pouvant rattraper le spectateur dans ce puits de lassitude ne fonctionne pas correctement.



Le second couac du scénario repose sur son actualisation contemporaine. La connexion avec la libération de la parole des femmes et son émulation fonctionne plutôt bien étant donné qu'elle est présent dans le comic d'origine (qui date de 2015). Ce qui fonctionne moins bien en revanche ce sont les ajouts qui ont été fait dans le film à propos des communautés africaines-américaines. Sur cette question, rien ne fonctionne car ils ne sont que greffer artificiellement au reste du film que par des allusions grossières, un jeu d'acteur faible et tout simplement le non-développement de cette intrigue qui ne repose que sur deux personnages. L'un des retournements de situation repose sur cette question, et celui-ci n'a strictement aucun effet car il a été traité de manière secondaire et tardive dans le métrage.



Andréa Berloff maîtrise mal la réalisation et son film retombe (très vite) comme un soufflé raté. Elle nous offre un thriller sous Xanax : ni haletant, ni surprenant, ni jouissif à la limite du divertissement. La réalisatrice livre sans doute le parfait exemple de l'adage suivant : qui trop embrasse mal étreint : aveuglée par un support qui brasse des thématiques qu'elle affectionne et par-dessus lesquelles elle en rajoute artificiellement d'autres donne un résultat brouillon et bancal. Loin des Soprano et de Kill Bill, Les baronnes demeurent un sous-produit des Veuves (2018) de Steve Mcqueen.



Épistémophilie - nom féminin (grec épistémè, savoir) : Plaisir éprouvé à acquérir un savoir. 

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