• Tom

LA MISE À MORT DU CERF SACRÉ - CRITIQU'ANALYSE

Mis à jour : janv. 21

Même pas une escroquerie



Je suis allé voir La mise à mort du cerf sacré la fleur au fusil, prêt à me laisser prendre par le film, qu’il soit un chef d’œuvre ou une arnaque.


Je précise : pour moi, qu’un film soit une « arnaque » n’est pas un reproche si grave. Par exemple, Canine et The Lobster ne m’avaient pas vraiment plu, car je ne supporte pas la vision du monde qu’y déploie Yórgos Lánthimos, mais j’y avais trouvé un ton original et personnel, des histoires qu’on ne m’avait encore jamais racontées. C’était, je trouve, des arnaques réussies : des films peut-être creux, méchants et bêtes, mais j’ignore pourquoi, ça avait marché sur moi. Mieux vaut une arnaque à un film qui laisse froid et indifférent ; il est certes pénible de se faire escroquer, mais avant que l’on comprenne qu’il s’agit d’une arnaque, on y aura pris du plaisir : il y a dans l’arnaque filmique une forme de virtuosité. Bref, Yórgos Lánthimos était jusque-là pour moi un cinéaste « malin », selon les trois sens qu’a ce mot : astucieux, méchant, et pernicieux.



Crédit photographique : Allociné



Mais justement, ce film m’a laissé froid et indifférent. Il cherche à se poser comme chef d’œuvre, et croit déployer un symbolisme grandiose. Mais pour moi, c’est raté. La démonstration est trop pesante : le film souligne lourdement sa vocation d’allégorie (par la bouche du personnage de Martin). Lorsqu’une allégorie a besoin de se signaler comme allégorie, ce n’est pas très glorieux – d’autant plus quand son caractère allégorique saute aux yeux.

Et puis, c’est du sous-Kubrick. Je ne sais pas si c’est un hommage ou une volonté de s’inscrire dans son sillage, mais c’est lourdaud, et la copie fait pâle figure. Les allusions sont en tout cas explicites : des travellings arrière à foison, des travellings-couloir et une musique à la Shining, et là où l’allusion devient citation (de Eyes wide shut) : Nicole Kidman dénudée devant un miroir dans sa salle de bain, et discutant avec son mari. Enfin et surtout, le film est trop froid et désincarné (décors aussi éteints que les personnages, de pures symboles vides – par choix ou par paresse d’écriture ?) pour qu’on puisse s’y intéresser : je n’ai dès lors pas eu envie de percer son mystère. Pourtant, j’aime m’acharner à chercher le sens d’un film ; et il est beaucoup plus enthousiasmant de réfléchir sur un film de David Lynch, au moins aussi complexe, mais généreux et vivant, lui.


Crédit photographique : Allociné



De toute façon, il n’y a pas à chercher bien loin pour trouver le sens du film, qui consiste en l’affirmation d’une misanthropie et d’un nihilisme.


J’espère que Yórgos Lánthimos retournera à ces petites escroqueries décalées et plaisantes plutôt que de s’essayer au chef d’œuvre qui laisse indifférent.

Épistémophilie - nom féminin (grec épistémè, savoir) : Plaisir éprouvé à acquérir un savoir. 

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