• Tom

JEUNE FEMME - CRITIQU'ANALYSE

Mis à jour : janv. 21


Poétique du jump-cut


Une figure de style parmi d’autres pour appréhender, déplier et comprendre Jeune femme : le jump-cut. Le jump-cut, c’est une manière de rompre la continuité d’un plan : quelques images manquent à l’intérieur d’une scène, on saute d’une image à une autre. C’était donc un effet de montage prohibé au temps d’un cinéma où le montage et la mise en scène devaient s’effacer derrière l’histoire. Puis Godard et tous les autres sont passés par là, et l’effet s’est depuis banalisé, perdant en force et en sens.


Revenons à notre Jeune femme, qui utilise le jump-cut. A deux moments, il en abuse presque : au tout début du film, lorsque Paula fait une crise de nerf ; et plus tard, lors d’un entretien d’embauche très saccadé. Ces sautes de montage se multiplient, quelques secondes ou quelques minutes (on ne sait pas) sont éludées : il est ainsi impossible de mesurer la durée de l’action. L’effet est perturbant, ou au moins un peu inconfortable, et tant mieux, puisque voilà le spectateur plongé dans la perception d’un personnage dérangé, qui saute d’une émotion à une autre, d’une pensée à une autre, d’un moment à un autre. On peut trouver Paula agaçante, touchante, stupide ou bien romanesque, ou un peu tout ça à la fois, le spectateur partage (au minimum, l’accompagne – a de l’empathie ; au mieux, vit avec elle – a de la sympathie) ses émotions.



Crédit photographique : Allociné



Car c’est de cela dont il s’agit : accompagner une « jeune femme » excentrique, à un moment de sa vie où elle est mise à l’épreuve. Une vie pas si anormale, où l’on deal avec ses amours déçues, sa relation difficile avec sa mère, des petits boulots précaires, sa peur de n’être pas grand-chose.


Et pour nous faire partager ce vaste programme, l’usage du jump-cut, entre autres outils, incarne pour moi la réussite du film : cette technique ici maîtrisée retrouve du sens, et sans bouleverser l’histoire du cinéma, se met au service d’une idée claire et d’une histoire simple.

Et ce n’est qu’un premier film, vivement la suite !

Épistémophilie - nom féminin (grec épistémè, savoir) : Plaisir éprouvé à acquérir un savoir. 

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