• Tom

CORPS ET ÂME - CRITIQU'ANALYSE

Mis à jour : janv. 21

l’énigme du film génial qui se saborde à mi parcours



Si un bon film est un film qui explore toutes les possibilités de son idée et qui suit sa logique, Corps et âme est à moitié un bon film.


Il y a deux idées dans ce film : l’une est géniale, l’autre l’est moins. Curieusement, il ne parvient à les embrasser en même temps et choisit de les traiter l’une après l’autre ; grosso modo une heure pour l’une, une heure pour l’autre.


Copyright Le Pacte


Le film commence par exposer deux séries d’images : d’une part, le quotidien d’un abattoir, où se détachent deux personnages, un patron un peu paumé, et une responsable qualité qui souffre de troubles autistiques. Les deux n’y semblent pas tout à fait à leur place. D’autre part, seconde série d’images, un cerf et une biche qui vaquent à leurs occupations de cerf et de biche dans une forêt enneigée. Cette première partie du film est puissante et onirique, le film dégage une force : ces deux personnages sont prisonniers d’un milieu froid et violent (la « clinicité » de la scène de l’égorgement de la vache est épouvantable), peuplé de gens grossiers, filmés dans un cadre rigide. Seuls quelques minutes qu’ils partagent de temps en temps illuminent leur quotidien : la faible profondeur de champ fait disparaître l’arrière-plan, et demeurent leurs visages amoureux.

Mais à cela s’ajoute une dimension fantastique (dont je ne veux pas déflorer le mystère), qui donne au film un ton personnel et onirique.


Au bout d’une heure de film, emballé par ce film, je me suis demandé ce que réservait sa deuxième partie. Et… J’ai été déçu : la première idée est étrangement mise de côté au profit de l’exploration d’une autre idée, nettement moins emballante. A partir de là, le film se concentre sur son personnage féminin, son autisme (sans jamais le dire explicitement) et sa difficulté à apprendre à vivre comme les autres, à apprendre les émotions de la vie sociale. La démonstration est longue, et lourde, et n’est pas nécessaire : le spectateur comprend très bien et très vite les souffrances de Maria, sans qu’il soit nécessaire d’enfoncer le clou. Logiquement, cette deuxième partie culmine dans une scène ratée et putassière : la tentative de suicide de Maria, inspirée par Royal Tenenbaum de Wes Anderson (salle de bain, objet tranchant, jolie musique en contrepoint)


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Deux idées cinématographiques nourrissent toutefois le film : - La collusion entre deux séries d’images, de la première partie. On retrouve l’idée classique et presque centenaire des formalistes russes à propos du montage : l’idée d’une dialectique lorsque se rencontrent, grâce au montage, deux régimes d’images, l’idée que l’effet produit par cette rencontre est supérieur à la somme des deux parties. - La viabilité de l’enregistrement objectif et neutre du réel, de la seconde partie. Le rapport au monde de Maria peut-être une métaphore du cinéma : Maria incarne une manière de regarder le monde avec objectivité et neutralité, et peut métaphoriser le fantasme d’appréhender la « vérité » du réel grâce au cinéma. Le film démontre l’échec d’une telle position et montre que l’individu, et le cinéma, ont pour (pas si facile) vocation de projeter leurs émotions et leurs sentiments par leur expérience du monde, plutôt que l’enregistrer froidement.


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Morale de l’histoire : une idée cinématographique n’est pas toujours une belle idée de cinéma.

Épistémophilie - nom féminin (grec épistémè, savoir) : Plaisir éprouvé à acquérir un savoir. 

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