• Tom

A BEAUTIFUL DAY - CRITIQU'ANALYSE

Mis à jour : janv. 21


Spoiler : la vie c’est de la merde


Je suis allé voir A Beautiful day parce qu’il m’avait fait trois belles promesses dont deux n’ont pas été tenues, voire carrément trahies.


1 - Les affiches vendaient le film comme « le Taxi Driver du XXIème siècle », en citant un journaliste du Times, qui ou bien n’a pas beaucoup de respect pour Taxi Driver, ou bien alors méprise le XXIème siècle. Ce n’est toutefois pas une promesse faite par le film lui-même, alors passons.


2 - Plus grave, le film trahit la promesse qu’il formule dans son premier tiers : la promesse d’un film certes hanté par un personnage déréglé, dont la folie est manifeste, mais subtile. Pas d’hurlement, pas de gros plan en focale courte, pas de courte profondeur de champ à l’excès : une mise en scène sobre et le jeu de Joaquín Phoenix, déconnecté plus qu’éteint, suffisaient. Le film avait alors l’air de vouloir parler avec finesse et simplicité de la difficulté d’habiter le monde, espace violent et traumatisant.


Crédit photographique : Allociné



Mais un très gros plan, sale et gratuit, sur Joe qui s’arrache une dent, un lent travelling sur le cadavre de sa mère, viennent rompre cette promesse. A partir de là, le film s’en donne à cœur joie : les hommes politiques sont des monstres violeurs de fillettes, les policiers sont tous complices, les officiers fédéraux tuent votre mère… J’aime les ruptures de ton au cinéma, et la démonstration « la vie = une pute » ne me dérange pas, si elle est finement conduite. Elle est ici tellement appuyée que le film semble traiter complaisamment toute la violence qu’elle montre.

Pire : le film est cynique, lorsqu’une musique guillerette accompagne des atrocités. Le monde va mal ? Chouette, faisons-en un film. Le titre de la version française, qui s’élucide à la fin du film, condense tout ce cynisme : « aujourd’hui, nous avons vécu les pires horreurs, c’est une bien belle journée ».


La démarche est cohérente : le spectateur assiste au voyage au bout de l’enfer du personnage, enfer auquel il ne peut pas s’échapper, malgré toutes ses demies-tentatives de suicide. Mais c’est une façon très inhumaine de traiter un personnage.


Crédit photographique : Allociné



3 - Cependant j’ai tout de même apprécié le film, grâce à Joaquín Phoenix. Son personnage n’est peut-être pas très bien construit, et il est surtout maltraité par le film, mais la force de son regard pourtant inexpressif est extraordinaire. Presque à égalité avec le Bob de Niro de Taxi Driver (presque).

Épistémophilie - nom féminin (grec épistémè, savoir) : Plaisir éprouvé à acquérir un savoir. 

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